13.5.14

La bête qui sommeille…


BESTIAIRE IMPERTINENT
         Je le soupçonnais depuis longtemps sans preuves, mais la vérité éclate tôt ou tard, Christopher Gérard est membre des AA. Que le lecteur se rassure, je ne suis pas encore vendu aux ligues de vertu (Hélas !… Comme j’aimerais vivre aux crochets des viragos !… Je lance ici un appel de fonds !…), et ne cherche pas à dénoncer l’intempérance de mon camarade, du reste occasionnelle (d’après lui). Non, il s’agit du très sérieux et compassé Cercle de L’Anglomanie Animalière !… Un club sélect, dont des types dans son genre gardent jalousement le secret. Avec Osbert et autres historiettes, il nous offre un florilège (bigre, maintenant on va dire que je suis écolo… La honte !… Mes potes vont se retourner dans leurs tombes !…) d’histoires d’animaux dandies, choqués par les mœurs de sauvage de leurs maîtres dégénérés, et plus ou moins en train de prendre la tangente, de choisir la grande santé contre les errements d’une humanité qui part en vrille. Leur flair décèle les poisons chimiques agro-alimentaires, leur œil perçant observe avec commisération les vices sordides( et post-modernes !) de ceux qui s’intitulent, dans leur inconscience, leurs propriétaires. Un assez large éventail zoologique s’offre au lecteur : de la perruche au bouledogue, en passant par le canard sauvage d’Oxford, I beg your pardon ?
 Ma propension lyrico-tralala me pousse à préférer les figures héroïques : le matou évadé devenu caïd et étalon (pour un chat, c’est un comble !) du jardin public, le bouledogue agent secret de Sa Gracieuse Majesté en mission secrète et périlleuse. Une mention spéciale pour l’ours en fin de parcours, c’est en effet un chef-d’œuvre d’ambiguïté littéraire : grizzly ou ours en peluche ?… Je l’ai déjà dit ailleurs, Christopher me cherche des crosses, il empiète sur mes chasses gardées, celles où j’exterminerais sa ménagerie, les domaines du paradoxe, dont je me croyais le Grand Moufti. Oh, mais ça va se payer, ça, un jour ou l’autre !…
Avec Osbert et autres historiettes (éditions l'Âge d'Homme), Christopher Gérard dresse son réquisitoire contre l’humanité présente, avec la légèreté inimitable qui est la sienne. Une lecture drôle et revigorante.

TM, avril 2014